KATUTURA


lundi, mars 19, 2007
 
Jésus



Quand j’étais petite, j’avais, comme presque tous les enfants qui ont de la chance, une admiration sans borne pour papa et maman et pour toutes les personnes rencontrées en chemin. Elles étaient tout simplement parfaites…et puis, en grandissant, j’ai découvert ici et là des failles dans les personnes que j’admirais le plus. Oh pas des défauts affreux mais des ombres qui « devaient faire partie de notre nature humaine ». Je ne les aimais pas moins.

J’ai appris à les aimer « tels quels », comme eux le faisaient pour moi. Mais chaque nouvelle rencontre provoquait la même joyeuse et douloureuse expérience : l’être parfait selon l’image que je m’en faisais et qui m’avait été donnée par l’exemple de papa et maman, n’existait-elle donc pas sur terre ?

Quand je fus membre d’un groupe de Sœurs « Missionnaire » - dont la vie devait consister à proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus partout où nous passions, à tous les hommes, toutes les femmes, mais surtout aux plus pauvres - ce fut pire, car je croyais qu’il n’était pas possible de ne pas aimer tout simplement chemin faisant…

et j’ai appris que ce n’était pas ce que je m’étais imaginé, mais ce rêve de perfection s’accrochait à mon âme comme la peau à mon corps !

Dans une vieille armoire de maman j’avais trouvé, enfant, un petit livre « si tu connaissais le don de Dieu » et je l’avais dévoré. Les Bibles, à l’époque (trois bonnes générations en arrière) étaient rares et la lecture des textes bibliques étaient fortement déconseillés aux gens normaux, sauf aux initiés, c’est-à-dire des évêques et des prêtres peut-être...



C’est durant mon année de Noviciat à Aliwal North en Afrique du Sud (1948) que j’ai trouvé (encore une trouvaille) un minuscule Nouveau Testament sur l’étagère de la chambre commune. Comme « si tu savais le don de Dieu » j’ai dévoré ces évangiles, les Actes des Apôtres, les Lettres de Paul et même l’apocalypse qui ne cessait de m’étonner ! E je me souviens qu’un jour, à la veille de la Trinité, l’évêque du lieu donnait une conférence à nous, les 7 novices, au sujet de la fête du lendemain. Je me suis aventurée à lui posée une question sur ce « Dieu à trois ». Il me regarda d’un air inquiet et dit : "Vous avez des tendances théologiques ?" C'était presque un mauvais point pour moi! Pourquoi?

En 1955, à l’occasion de mes « vœux perpétuels », ce qui veut dire que je m’engageais à vie à cheminer « en Mission » selon ma compréhension de la chose, j’ai demandé, comme cadeau : un Nouveau Testament bien à moi. Ce fut accordé.



Dans les récits de Luc, Marc, Mathieu et surtout Jean, j’ai enfin trouvé l’homme parfait, Jésus le charpentier de Nazareth. Pas de faille en lui. Il est l’Amour. Il est libéré, il est hors systèmes.

Etrange, je retrouvais cette perfection sans faille au plus bas échelon de l'échelle sociale!

De plus il veut que les hommes et les femmes deviennent libres et hors systèmes comme lui. « Il est si complètement homme, Jésus, qu’il est Dieu ». C’est le grand théologien Edward Schillebeeckx qui a mis en mots ce que nous pensions déjà, nous les gens de la base !

Quelle longue route depuis ces années ’40 ! C’est comme une traversée de plusieurs déserts vers des pays promis où coulent « le lait et le miel » (Exode 3:8). Le "lait et le miel?" Ce n’était ça que dans notre espérance ! La réalité concrète est tout autre… Même après le déracinement de l'apartheid!!!

Mais j’essaierai demain d’écouter ce que ce « Jésus hors systèmes » aimerait nous dire aujourd’hui, chez nous, dans « un monde très différent du sien »…